Requin

Scyliorhinus canicula

Scyliorhinus stellaris

Mustelus mustelus / Squalus acanthias / …


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Dernière mise à jour : juillet 2018

 

Le groupe des requins compte un grand nombre d’espèces (plus de 400). Les requins sont très recherchés pour leur chair, leurs nageoires et leur cartilage. Les marchés européens sont approvisionnés en requins issus de pêcheries de l’Atlantique Nord, mais aussi en requins de plus grande taille capturés par la flotte européenne dans tous les océans du monde. L’Italie est un des premiers pays importateurs et consommateurs de requins en Europe. La France, la Belgique et la Suisse sont également, le plus souvent sans en être conscients, de grands consommateurs de produits dérivés du requin (cosmétiques par exemple). Les principales espèces consommées (par ordre d’importance) sont :

 

la petite roussette, Scyliorhinus canicula ; elle atteint sa maturité sexuelle lorsqu’elle mesure entre 54 et 60 cm en Atlantique et à partir de 40 cm en Méditerranée ;

la grande roussette, Scyliorhinus stellaris ;

l’émissole, Mustelus spp. ;

l’aiguillat commun, Squalus acanthias ; la femelle aiguillat commun (Squalus acanthias) atteint sa maturité sexuelle à 8 ans, lorsqu’elle mesure entre 66 et 120 cm ;

le requin hâ, Galeorhinus galeus ;

le requin taupe, Lamna nasus ; la femelle requin taupe atteint sa maturité sexuelle à l’âge de 14 ans (lorsqu’elle mesure entre 200 et 250 cm) et ne donne naissance qu’à 4 jeunes maximum par an.

 

Environ un tiers des espèces de requins et de raies des eaux européennes sont considérées comme menacées d’extinction par l’UICN : le requin taupe notamment est « en danger d’extinction » en Atlantique Nord-Est.
En Méditerranée, ce sont plus de la moitié des espèces de requins, raies et chimères qui risqueraient l’extinction.

 

 

Connaissances imprécises

Les connaissances sur les populations de requin et sur leur exploitation sont peu précises. Cependant, plusieurs indicateurs (baisse des captures, baisse des rendements) permettent de dresser un tableau assez sombre de l’état de leurs stocks, même si les situations varient d’une espèce à une autre. 

 

Espèces principales d’Atlantique Nord-Est

Petite et grande roussette, émissole, requin hâ et aiguillat commun sont les principales espèces pêchées en Atlantique Nord-Est.
À ce jour, il n’existe aucune limite de capture pour les roussettes pêchées par les chalutiers dans l’Atlantique Nord-Est et en Méditerranée. Ces espèces ne bénéficient d’aucun cadre de gestion propre.


La petite roussette (Scyliorhinus canicula) : sans pouvoir quantifier les prises et donc l’état du stock, l’augmentation d’abondance observée à travers les campagnes scientifiques conduit le CIEM à considérer qu’une augmentation de 20 % des prises est possible pour l’ensemble des stocks de mer du Nord, mer Celtique et Manche pour 2017 et 2018. Pour le stock du golfe de Gascogne, le CIEM recommande une baisse des prises de petite roussette de 20 % par rapport à l’effort de pêche actuel.
La grande roussette (Scyliorhinus stellaris) a une population globalement en augmentation dans les eaux européennes depuis les années 90. Les données manquent pour réaliser un diagnostic quantitatif et le niveau de mortalité par pêche est inconnu. Par approche de précaution, les scientifiques du CIEM recommandent depuis 2015 une baisse du niveau de capture de 6 % par rapport au niveau moyen de captures entre 2012 et 2014 qui s’élevait à 42 tonnes en moyenne.

Le CIEM recommande une possible augmentation des captures totales d’émissole (dont la biomasse augmente depuis 2014) de 20 %. Pour le requin hâ le CIEM recommande le maintien des captures au niveau actuel. Depuis 2010, l’UE interdit la pêche à la palangre pour le requin hâ (Galeorhinus galeus). La population d’aiguillat commun (Squalus acanthias) reste fragile suite à un fort déclin de sa biomasse depuis 1960, et ce, malgré un effort de pêche réduit.


Les débarquements français comptent principalement la petite roussette (3 971 tonnes) et l’émissole lisse (2 375 tonnes) - (données 2016). La France est le huitième importateur de requins au niveau mondial avec près de 4 000 tonnes par an. L’Italie est le 3e importateur mondial et le premier importateur au niveau européen avec 11 500 tonnes par an.


Les pêcheurs belges ont débarqué en 2016 570 tonnes de petite roussette, 39 tonnes de grande roussette et 0,8 tonne d’émissole en prises accessoires des chaluts à perche, vendues à bas prix (0,5-0,8 euro/kg selon les espèces). La Belgique a importé également 442 tonnes de requins en 2016 (toutes espèces confondues) dont 78 % d’aiguillat principalement des États-Unis (72 %). L’aiguillat et le requin taupe sont consommés traditionnellement fumés en Belgique.

 

Le finning

Les nageoires de requin, produits de la mer parmi les plus onéreux sur le marché international (entre 350 et 500 $ le kilo en 2015), sont très recherchées par les asiatiques pour la préparation de la très coûteuse et traditionnelle « soupe aux ailerons de requin ». La pratique du finning consiste à couper les nageoires des requins et à rejeter les animaux amputés mais encore vivants en mer, sans chance de survie. La valeur marchande des ailerons étant proportionnelle à leur taille, les requins pélagiques, généralement de grande taille, sont particulièrement ciblés. Le reste du corps du requin, n’ayant pas d’intérêt commercial, est rejeté à l’eau. Les caractéristiques biologiques particulières des requins (maturité tardive, lente reproduction, faible population de jeunes) les rendent extrêmement vulnérables à la pression de pêche dont ils font l’objet. Le finning est à l’origine de l’effondrement de plusieurs stocks de requins dont certaines espèces de requins marteaux (Sphyrna spp.), renards (Alopias spp.), ou encore de taupes bleus (Isurus spp.). Cette pratique courante continue d’augmenter en raison du nouvel essor économique asiatique. Depuis décembre 2012, il est interdit de débarquer en Europe des ailerons seuls ou un requin séparé de ses ailerons. Cette politique des nageoires attachées est également appliquée en Amérique centrale, aux États-Unis et à Taïwan.

 

 

De plus en plus de jeunes Chinois décident de se passer de soupe d’ailerons de requins pour leur banquet de mariage, par respect pour ces animaux.

 

 

Fermeture des pêcheries pour plusieurs espèces menacées

Le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) et le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) sont inscrits sur l’annexe II de la CITES respectivement depuis 2004 et 2003. La capture d’anges de mer (Squatina squatina) a été interdite en 2009 pour toutes les flottes européennes, quelle que soit leur zone de pêche.
Jusqu’en décembre 2009, la France conservait la seule pêcherie ciblée de  requin taupe (Lamna nasus) en Europe, localisée à l’île d’Yeu. Cette pêche est interdite en Europe depuis le 1er janvier 2010 (quota 0).
Les évaluations des ressources halieutiques documentent une forte diminution des plus grands stocks d’aiguillat commun (Squalus acanthias) de l’hémisphère Nord. 

En décembre 2010, le Conseil de l’UE a suspendu la pêche de l’aiguillat commun (quota 0) et en 2012, c’est la pêche de requin chagrin de l’Atlantique (Centroscymnus granulosus) et du pailona commun (Centrophorus squamosus) qui a été également suspendue (quota 0). 

 

Consommation

La consommation et le commerce de chair de requin sont importants au sein de l’UE. En France, la chair de requin est fréquemment vendue sur le marché de détail. Son prix relativement bas et l’absence d’arêtes en font un plat apprécié dans la restauration collective. La chair pelée de petite roussette est fréquemment vendue sous le nom « saumonette ». Au Royaume-Uni, elle est vendue sous le nom de « rock salmon » (saumon de roche).
Les différentes espèces de requin sont recherchées pour leur haute valeur commerciale. La peau et le cartilage (pour en faire du cuir précieux, des produits pharmaceutiques ou des compléments alimentaires), le foie (pour l’industrie cosmétique), la chair et les ailerons (séchés pour le marché asiatique) sont appréciés sur différents marchés.

 

 

 

 

 

 

 

 

À RETENIR

  • Environ un tiers des espèces de requin des eaux européennes sont considérées comme menacées selon les critères de l’UICN.
  • En raison des caractéristiques biologiques des requins (lente croissance notamment), de la fragilité des stocks et de la déficience des informations donnant sur les marchés l’identité exacte des espèces, la suspension des achats est fortement recommandée. Seules la petite roussette (Scyliorhinus canicula) des stocks de mer du Nord, mer Celtique et Manche ainsi que l’émissole (Mustelus spp.) peuvent être consommées avec grande modération (suite à l’amélioration de l’état de la ressource) et sous réserve que leur nom latin soit indiqué à l’achat.
  • Une pêcherie américaine d’aiguillat (Squalus acanthias) en Atlantique Nord-Ouest est certifiée MSC.

À SAVOIR

La saumonette n'est pas un petit saumon

 

Les petits requins qui fréquentent les eaux de l’Atlantique Nord sont principalement vendus en frais sans tête, écorchés (sans peau), sous l’appellation “saumonette”, ou encore “veau de mer”. Sous cet état, il est très difficile d’identifier l’espèce concernée. L’étiquetage incomplet des produits de requin présente un obstacle pour le consommateur s’il veut s’informer sur la durabilité de ses habitudes de consommation. 

 

La FAO et la CITES ont signé un accord en faveur d'un commerce réglementé (en octobre 2006).

La vente d’un grand nombre d’espèces aquatiques, dont plusieurs espèces de requin, est réglementée par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

 


La forte demande d’ailerons de requin a entraîné par endroits une surexploitation des stocks, au point de mettre en danger leur survie.
Aussi, la Communauté internationale a-t-elle convenu de réglementer leur commerce dans le cadre de la CITES : un pays qui souhaite exporter les requins concernés par ces règles doit certifier que les poissons sont issus d’une pêche légale, et que leur commerce ne portera pas préjudice à la survie de l’espèce. Mais la mise en application des contrôles pose souvent problème. L’inscription d’une espèce sur l’annexe II* de la CITES n’a guère mis un terme à la surpêche.
Ainsi, la CITES, en collaboration avec la FAO et les autorités des pays exportateurs, évalue l’état des stocks, examine les pratiques de gestion, et veille à ce que seules les pêcheries gérées de manière responsable fassent l’objet d’un commerce international. La Convention identifie ainsi les points sensibles et aide les pays, le cas échéant, à mettre en place des contrôles.


* L’Annexe II est la liste des espèces qui, bien que n’étant pas nécessairement menacées actuellement d’extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n’était pas étroitement contrôlé.