Perche du Nil

Lates niloticus


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  • Lac Victoria (Afrique de l’Est)
  • Filet

 


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Dernière mise à jour : juillet 2018

 

La perche du Nil (Lates niloticus) appartient à la famille des latidés, alors que la perche Perca fluviatilis des étangs européens est un percidé. La perche du Nil, espèce d’eau douce native du Nil est désormais présente dans toutes les rivières d’Afrique tropicale. C’est une espèce qui atteint sa maturité sexuelle à l’âge de 3 ou 4 ans, alors qu’elle mesure aux alentours de 60 cm. Espèce massive, les grands individus peuvent atteindre près de 2 mètres et peser 200 kg. La perche du Nil est considérée comme l’une des espèces les plus invasives.

 

Catastrophe écologique et accélérateur de déséquilibre social pour les uns, manne économique pour les autres, la perche du Nil n’en demeure pas moins, et ce depuis la fin des années 80, une source très importante de protéines aquatiques.

 

La production est cependant en baisse régulière depuis 2006 (passant de 350 000 tonnes en 2005 à 208 000 tonnes en 2014).

 

 

Un lac dans le bassin du Nil

À la fin des années 50, les deux espèces de tilapia (Oreochromis variabilis et Oreochromis esculentus) naturellement présentes dans le lac Victoria bordant le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, étaient en situation de surexploitation. L’introduction d’engins de pêche performants, notamment les filets en nylon et les moteurs hors-bord, a entraîné l’effondrement des stocks indigènes du lac, en l’absence de mesures de gestion.


Le gouvernement colonial a alors choisi d’introduire dans le lac, quatre nouvelles espèces de tilapia, puis dans un second temps, la perche du Nil. Sur les cinq espèces introduites, deux d’entre elles, O. niloticus (tilapia) et L. niloticus (perche du Nil), se sont fort bien adaptées et ont proliféré. Aujourd’hui, sans plus de concurrents, elles se partagent le lac. Le tilapia vit en eau peu profonde (< 15 mètres), la perche du Nil occupe les eaux pélagiques jusqu’à 60 mètres de profondeur.

 

Une production importante… non durable

La production, d’abord exclusivement menée par les Ougandais, a fortement augmenté depuis le début des années 80 avec l’entrée du Kenya et de la Tanzanie dans l’exploitation du lac. Avant même l’accroissement de l’effort de pêche, les premiers signes d’affaiblissement de la population avaient déjà été ressentis. Mais l’attention de la communauté scientifique et les efforts de gestion étaient alors prioritairement focalisés sur le problème de l’appauvrissement de la biodiversité du lac.


Aujourd’hui, l’exploitation des juvéniles, bien souvent illégale, ainsi que la baisse des captures par unité d’effort (CPUE), attestent du déclin du stock et indiquent que la pêche telle qu’elle est menée actuellement n’est pas durable.


Dans un accompagnement de l’effort de gestion de la ressource, l’association des transformateurs de poisson d’Ouganda a décidé d’acheter et de transformer des poissons de plus de 50 cm depuis 2007. Cette mesure a également été adoptée par le Kenya et la Tanzanie.


En novembre 2009, les trois pays riverains exploitant la pêcherie ont décidé d’un plan commun appelé « opération sauvons la perche du Nil » visant à éradiquer la pêche illégale et renverser le déclin de la biomasse. La formation et l’implication des communautés de pêcheurs font partie intégrante du plan de gestion de cette pêcherie du lac Victoria. Les gestionnaires considèrent la ressource surexploitée, mais sans risque d’épuisement. Cependant, les mesures de restauration du stock peinent à montrer leurs effets et la biomasse décline d’année en année alors que d’autres espèces endémiques mais de faible valeur commerciale réapparaissent peu à peu dans le lac. Les conditions environnementales du lac se sont améliorées avec le retour de ces espèces endémiques.


En 2015, les pêcheurs ont abandonné les filets maillants au profit des petits hameçons. Cela a permis de déplacer l’effort de pêche sur des espèces de niveaux trophiques inférieurs.


Les mesures prises par les pays riverains ont permis de réduire les captures importantes de juvéniles et la pêche illégale autour du lac Victoria. La population de perche du Nil augmente de nouveau depuis 2017.

 

Filet frais ou décongelé

La perche du Nil est commercialisée en Europe sous forme de filet sans peau, frais ou décongelé. Elle est arrivée sur le marché français au début des années 90. En 2016, les importations européennes se sont élevées à 25 400 tonnes de filets. La texture ferme et la chair blanche de la perche du Nil sont très appréciées des amateurs de poisson blanc. En France, elle est vendue en moyenne 11 euros/kg en GMS ; 1 857 tonnes ont été importées en 2016 principalement sous forme fraîche ou réfrigérée. En Belgique, 3 600 tonnes sont importées par an dont 61 % d’Ouganda et 27 % de Tanzanie, principalement par avion, frais et vendu à un prix relativement élevé.

 

 

À RETENIR

  • La perche du Nil est appréciée pour ses filets à chair ferme et blanche.
  • L’organisation des pêches du lac Victoria (Lake Victoria Fisheries Organisation) a mis en place des mesures de conservation et de gestion communes en collaboration avec les trois pays riverains.
  • La population de perche du Nil, ainsi que celle des autres espèces endémiques, s’améliore peu à peu dans le lac Victoria.

À SAVOIR

Le cauchemar de Darwin

Le film documentaire « Le cauchemar de Darwin », dirigé par Hubert Sauper (diffusé en 2004), pose un regard particulier sur les effets du développement de l’industrie de transformation du poisson sur les populations locales des bords du lac Victoria. Ce film a permis d’alerter les acheteurs, notamment ceux de la grande distribution, sur les pratiques douteuses de certains négociants ou facilitateurs de négoce en provenance de pays faiblement développés. Depuis, des programmes soutenus par des industriels et des organisations environnementales tentent de venir en aide aux populations locales et d’assurer un développement économique plus durable autour du lac. Des activités de diversification, telles que l’élevage de tilapia en bassin, sont envisagées afin de trouver des revenus alternatifs à ceux de la pêche.