Thon rouge | Guide des espèces

Thon rouge

Thunnus thynnus


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  • Atlantique Nord (Est et Ouest)
  • Mer Méditerranée
  • Senne
  • Palangre
  • Canne
  • Ligne
  • Cage en mer (grossissement)

 


Dernière mise à jour : juin 2020

 

Grand poisson pélagique capable de migrations transatlantiques, le thon rouge est l’un des symboles de la fragilité des ressources marines face à l’impact des activités humaines si celles-ci ne sont pas menées de manière raisonnée. Il est réparti sur l’ensemble de l’Atlantique Nord et de la Méditerranée. C’est la seule espèce de thon qui peut atteindre des latitudes hautes (du Cap Blanc en Mauritanie aux Lofoten en Norvège) contrairement aux autres espèces de thon qui fréquentent les zones tropicales uniquement. Le thon rouge a en effet la capacité de réguler sa température corporelle, ce qui lui permet de fréquenter des eaux variant de 7 à 25°C entre les différentes zones et profondeurs du globe. Il est cependant très vulnérable en raison de sa plus faible productivité comparée aux thonidés tropicaux et de la facilité avec laquelle il est capturé ; ses concentrations au moment de la reproduction le rendent aisément détectable. Son poids moyen à l’âge adulte est de l’ordre de 400 kg alors qu’il mesure 3 mètres. Il peut atteindre 670 kg et vivre au-delà de 25 ans. Sa maturité sexuelle est atteinte pour le stock Atlantique Est à l’âge de 4 ans, lorsqu’il mesure environ 1,20 mètre et pèse 30 kg. Pour le stock Atlantique Ouest, sa maturité sexuelle est atteinte à l’âge de 9 ans lorsqu’il mesure 1,90 mètre et pèse 150 kg. Les tailles de captures se situent entre 80 cm et 2 mètres (20 à 160 kg).

 

 

D’autres espèces de thon rouge sont présentes dans l’océan Pacifique Nord (Thunnus orientalis) et dans le sud des trois océans (Thunnus maccoyi). Ces deux espèces sont à éviter  en raison de leur faible biomasse due à une surexploitation. Thunnus maccoyi est évalué « en danger critique d’extinction »  par l’UICN ; Thunnus orientalis « vulnérable ».

 

 

De la madrague au senneur industriel

Actuellement environ 60 % des captures de thon rouge (Thunnus thynnus appelé thon rouge de l’Atlantique) se font en mer Méditerranée. Les engins traditionnels de pêche (madrague, canne, palangre, ligne, filet maillant (thonaille, aujourd’hui interdite) ont été remplacés par une technique plus productive, la senne, qui assure aujourd’hui la grande majorité des captures. Le développement du marché très rémunérateur des sushis et des sashimis au Japon a incité les pêcheurs méditerranéens à investir dans des senneurs de dimensions industrielles. En Méditerranée française et côte basque, il reste une flotille artisanale pêchant le thon rouge à la ligne, à la canne ou à la palangre. Il existe également des pêcheries traditionnelles artisanales nommée « almadraba » en Espagne et « mattanza » en Italie. 

 

 

D’une forte surexploitation à une amélioration de l'état du stock

La Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (CICTA) considère deux entités de gestion pour le Thunnus thynnus : le stock de l’Atlantique Est et de Méditerranée et celui de l’Atlantique Ouest. Les deux stocks sont séparés par le méridien 45° Ouest. Les zones de ponte se situent en Méditerranée pour le stock Est et dans le golfe du Mexique pour le stock Ouest. La forte valeur marchande de cette espèce (vendue à un record de 2,7 millions d’euros à Tokyo en 2019) a entraîné par le passé un fort taux de prises illégales. Le manque de fiabilité des données de captures officielles, les volumes importants de prises non déclarées, le manque de connaissances de certains aspects de la vie du thon rouge et le défaut d’application des règles de gestion pour la durabilité du stock ont contribué à la surpêche et à l’altération du stock Est du thon rouge de l’Atlantique à partir des années 1990. 

 

• Le stock de l’Atlantique Est-Méditerranée : mise en place  de mesures de gestion adaptées.

Dans les années 2000, la mortalité par pêche était trois fois supérieure au niveau qui aurait permis d’atteindre un rendement optimal. Le stock était considéré en situation critique et sa capacité de reproduction réduite. En 2008, la pêche illégale a atteint l’équivalent des captures déclarées, soit au total, des prises atteignant deux fois le (Total Admissible de Captures) fixé par la CICTA. Suite à la grande médiatisation de cette situation (notamment par les associations environnementales), et à la décision de certains professionnels de ne plus s’approvisionner en thon rouge, la CICTA a décidé de prendre des mesures drastiques pour rétablir la situation et d’adopter un plan de reconstitution du stock sur 15 ans. Ce plan a été mis en place en 2007 et incluait plusieurs mesures comme une taille minimale de 30 kg, une période de fermeture de pêche pour les senneurs de 6 mois, des observateurs embarqués, , document de capture, mise en cage filmée et interdiction d’avions pour l’aide à la pêche. Cependant, le Comité permanent pour la recherche et les statistiques de l’ICCAT (SCRS) a estimé que ce plan restait insuffisant notamment à cause des TAC (Total Admissible de Captures) bien supérieurs aux recommandations.

 

Pour la première fois, en 2009, les TAC ont été réduits pour la campagne de pêche 2010 à 13 500 tonnes contre 50 000 tonnes en moyenne sur les années 1998-2007 et la période de pêche pour les senneurs réduite à 1 mois par an (du 15 mai au 15 juin). En 2012, 2014, puis 2017, les évaluations scientifiques du stock d’Atlantique Est ont mis en évidence une amélioration de l’état du stock confirmant l’efficacité des mesures prises. En 2017, l’exploitation du stock a suivi les recommandations scientifiques (23 655 tonnes). Les estimations prévoyaient alors que la biomasse serait à un niveau durable en 2022, si les captures ne dépassaient pas 28 000 tonnes d’ici là.  

 

Suite à l’amélioration de la situation, les scientifiques ont proposé pour 2018 une hausse maximale de 30 % des captures sur 3 ans pour atteindre des TAC de 30 000 tonnes en 2020. La CICTA, réunie en novembre 2017, a cependant décidé de relever les quotas de thon rouge de 50 % sur les trois prochaines années pour atteindre 36 000 tonnes en 2020, dépassant ainsi les recommandations scientifiques.

La pêche du thon rouge à la senne est autorisée dans l’Atlantique Est et la Méditerranée durant la période comprise entre le 26 mai et le 1er juillet, sauf dérogations. La taille minimale de capture et de débarquement est de 30 kg ou 115 cm (longueur à la fourche) avec une marge de tolérance de 5 % pour les navires de capture pêchant activement du thon rouge et pour les madragues thonières. 

 

 

 Stock Atlantique Ouest : faibles captures depuis 1980. Les captures totales pour l’Atlantique Ouest ont atteint un niveau maximum en 1964 (16 266 tonnes), pour chuter graduellement jusqu’à 1 740 tonnes en 2017. Le mélange entre les poissons originaires du stock de l’Atlantique Est et ceux issus du stock de l’Atlantique Ouest, est considéré comme un important facteur influençant positivement le rétablissement du stock dans l’Atlantique Ouest, même si cet impact n’est pas encore bien connu. Les scientifiques du SCRS ont recommandé pour 2018-2020 un TAC annuel de 2 500 tonnes. Les gestionnaires ont fixé un TAC de 2 350 tonnes annuelles pour 2018, 2019 et 2020. Selon la règlementation actuelle, la taille minimale de capture et de débarquement dans l’Atlantique Ouest est de 30 kg ou 115 cm (longueur à la fourche) avec une marge de tolérance de 10 %. La pêche au thon rouge est interdite dans les zones de reproduction (golfe du Mexique). La prochaine évaluation du stock sera en 2020. 

 

 

Sushi, sashimi et carpaccio

Le thon rouge est essentiellement commercialisé frais en tranches sur le marché de détail. Au restaurant, il peut être proposé cru, en carpaccio ou en sushi, sashimi. On le trouve également sous forme surgelée. On peut également le trouver sous forme séchée sur le marché espagnol « mojama » et italien « mosciame ».


 

Les thons rouges de Méditerranée capturés par les thoniers senneurs sont directement transférés en ferme d’embouche afin d’y être engraissés. Ils sont nourris à l’aide de grandes quantités de petits poissons pélagiques tels que les sardinelles, sardines et maquereaux.

 

 

À RETENIR

  • Le stock de thon rouge Thunnus thynnus d’Atlantique Est et Méditerranée  a subi une très forte surpêche  au début des années 90, et ce, pendant plus de 15 ans. 
  • La réduction des TAC et les mesures renforcées de contrôle mises en place à partir de 2007 ont considérablement réduit le taux d’exploitation et permis une forte augmentation de la biomasse. 
  • La récente augmentation des TAC (au-delà des recommandations scientifiques) 
    pourrait empêcher la pleine reconstitution du stock. 
  • Les thons rouges pêchés à la senne en Méditerranée sont engraissés en ferme d’embouche avant leur commercialisation (ils sont principalement destinés au marché japonais). 
  • La consommation de thon rouge peut être recommandée avec grande modération. Privilégiez celui pêché à la canne, de plus de 30 kg (taille de maturité sexuelle).
  • Le stock de thon rouge Thunnus thynnus d’Atlantique Ouest a du mal à se rétablir. Évitez sa consommation. 
  • Les autres espèces de thon rouge (Thunnus orientalis du Pacifique et Thunnus maccoyi du sud des trois  océans) sont surexploitées et leurs  achats déconseillés. 

À SAVOIR

Nom Latin

Sous l’appellation thon rouge sont vendues illégalement d’autres espèces de thon (comme le thon albacore Thunnus albacares de l’océan Indien ou de l’Atlantique). Vérifiez le nom latin de l’espèce au moment de l’achat.