Tourteau

Cancer pagurus


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  • Atlantique Nord-Est, de la Norvège au Maroc
  • Mer Méditerranée jusqu’en mer Egée
  • Casier
  • Filet
  • Chalut de fond

 


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Dernière mise à jour : juillet 2018

 

Tout en rondeur, dans sa grosse carapace chamois toute lisse, ce crustacé de la famille des décapodes est le plus courant des crabes du marché européen. La femelle atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de 3-4 ans, alors qu’elle mesure environ 14 cm. Elle cesse de s’alimenter pendant la période d’incubation de ses oeufs, s’enfouit dans un sédiment sableux ou sablo-vaseux et devient alors quasi inaccessible à la pêche de mi-novembre à mi-avril. Son alimentation se compose de petits mollusques (moules, couteaux), de petits crustacés et de poissons. On lui prêterait le surnom de dormeur pour la posture caractéristique qu’il prend quand il est sur le dos : il replie ses pattes et ne bouge plus. Ce surnom serait également expliqué par son côté plutôt sédentaire. Si cela est vrai pour le mâle, la femelle adulte, quant à elle, trotte sur le fond de l’eau et peut parcourir 150 km en un an. En Manche Ouest, ces déplacements sont majoritairement orientés d’Est en Ouest.

 

Casier appâté

Le tourteau est principalement capturé grâce à des casiers appâtés avec du poisson (chinchard, rouget, grondin…) conservé (soit congelé soit en saumure). Reliée à une bouée de surface, une filière de casiers (pouvant compter jusqu’à 100 casiers) est relevée tous les jours. La moitié des caseyeurs français sont enregistrés en Bretagne et un tiers en Normandie. L’essentiel de la flottille est constitué de petites unités, de taille souvent inférieure à 12 mètres, exploitant les eaux côtières. La plupart de ces navires cible saisonnièrement le tourteau. Les navires qui le ciblent toute l’année sont peu nombreux et sont principalement composés de caseyeurs hauturiers équipés de viviers (ils sont une quinzaine d’unités représentant 50 % des débarquements français). Les captures au filet ou au chalut existent, mais les quantités sont plus faibles (environ 20 % des débarquements) et leur qualité est parfois considérée comme moins bonne. En Belgique, le tourteau fait l’objet de prises accessoires par les chaluts à perche mais est alors très abimé (311 tonnes sont débarquées par an en Belgique).

 

Forte pression de pêche

Les populations de tourteaux ne sont pas connues de manière exhaustive. Cependant, à la lumière des éléments disponibles, il semblerait que :

 

Au Royaume-Uni, les stocks sont pour la majorité proches voire un peu au-dessus du Rendement Maximum Durable (RMD), sans que le niveau de recrutement soit affecté. Quelques stocks sont néanmoins surexploités et cette forte pression de pêche affecte le niveau des reproducteurs.

Les populations irlandaises suscitent quelques inquiétudes liées à un effort de pêche qui serait trop important ; une réduction de la mortalité par pêche est recommandée.

En France, les populations de tourteaux présentent une stabilité globale depuis une vingtaine d’années. Lorsque l’espèce est ciblée, la pêche est assujettie à la détention d’une licence. Le nombre de casiers est limité : il ne doit pas dépasser 200 par homme ou 1 200 par navire. Enfin, les crabes dits clairs ou blancs, c’est-à-dire de mue récente, sont interdits au débarquement.

 

Au niveau européen, deux mesures techniques de conservation sont prises. D’une part, la taille minimale de la carapace (mesurée dans le sens de la largeur, entre les deux bords extérieurs) est fixée à 14 cm au nord du 48ème parallèle et à 13 cm au sud de ce même parallèle. D’autre part, les débarquements de pinces de crabes séparées du corps sont réglementés : en France, la limite est de 5 kg par homme embarqué, par jour et par débarquement. A noter que les débarquements de pince détachées du corps sont interdits dans certains comtés du Royaume-Uni.

 

Production

La production française, destinée en grande partie au marché hexagonal, ne suffit pas à satisfaire l’appétit des Français. Chaque année, quelque 8 000 tonnes de tourteaux (entiers, en pinces ou en chair décortiquée) sont importées des Îles Britanniques (plus de la moitié), d’Irlande et de Norvège. Par ailleurs, la France exporte vers l’Italie et le Portugal.

La Belgique importe 225 tonnes de tourteaux par an (en majorité vivants ou frais) dont la majorité de France et des Pays-Bas.

 

Cuit ou vif

Si les ventes de produits vivants dominent encore le marché français, les ventes de produits cuits se sont fortement développées au cours des dernières années. Le tourteau est proposé à la vente, en proportion croissante, cuit frais ou pasteurisé, soit entier, soit coupé en deux ; on trouve également ses pinces cuites vendues à la pièce ou en sachet.

 

 

 

À RETENIR

  • La plupart des stocks européens de tourteau sont sains. Cependant, quelques stocks britanniques et irlandais souffrent de surexploitation due à un effort de pêche trop important.
  • La consommation de tourteau provenant de France peut être recommandée, mais les tourteaux provenant d’Irlande et du Royaume-Uni sont à consommer avec modération.
  • La taille minimale de capture assure que les animaux commercialisés sont matures.
  • Évitez d’acheter les animaux mous (clairs) si d’aventure ils sont proposés à la vente.
  • Une pêcherie de tourteau des Îles Shetland est certifiée MSC.

À SAVOIR

Les Français sont très friands de tourteau, avec une consommation moyenne qui dépasse les 300 g par an, niveau le plus élevé d’Europe. Les Portugais en consomment environ 250 g/an, les Espagnols 100 g/an. Derrière les chiffres de consommation moyenne, se cachent des disparités régionales très fortes. Les Bretons et les Normands sont encore à ce jour les plus gros mangeurs de « dormeurs ». Si, dans le Grand Ouest, près du quart de la population achète régulièrement cette espèce, elle ne tombe que rarement dans le panier des consommateurs de l’Est de la France.

 

Le déclin de la pêcherie de langouste et de homard dans les années 50 a incité les caseyeurs bretons à reporter leur activité de pêche vers le tourteau et l’araignée.